Éducation

À l'écoute des baleines, loin du réseau électrique

Une expédition scientifique de 15 jours au Groenland

À l’origine du projet, il y avait l’envie de tourner un documentaire sur les liens entre l'adolescence et le vivant. Nous avons suivi une expédition scientifique avec des jeunes femmes entre 14 et 16 ans, qui font partie du programme Cap Au Nord, l'école face au plus Grand Défi du 21ème siècle, qui s’est déroulée au Groenland autour de l’écoute des baleines. Ce qui nous intéressait n’était pas seulement les données scientifiques qu’elles allaient pouvoir récolter, mais aussi ce que cette expérience allait provoquer chez elles.

Nous avions envie de filmer leur parcours, leur émerveillement, leurs doutes, leur rapport au territoire, et surtout prendre le temps de les regarder évoluer au fil de l’expédition.

Expédition scientifique d'observation des baleines au Groenland

Nous avons atterri à Ilulissat, puis, accompagnés de deux guides, nous avons embarqué avec une équipe de 16 personnes à bord de kayaks jusqu’aux environs d’Oqaatsut. L’expédition consistait à naviguer en kayak de camp en camp pendant 15 jours pour étudier les baleines. C’était une expérience assez intense, parce que nous vivions réellement au rythme de l’expédition. Les jours d’itinérance, nous étions plusieurs heures sur les kayaks, puis il fallait installer le bivouac, fondre des morceaux d'iceberg pour avoir de l'eau, cuisiner, recharger le matériel, organiser les enregistrements et préparer la journée suivante.

Nous avons eu une chance incroyable : nous avons pu observer une dizaine de baleines chaque jour. Certaines se sont même approchées très près des kayaks lorsque nous étions sur l’eau. Il leur est arrivé de passer juste à côté de nous, et parfois même sous les kayaks. C’étaient des moments saisissants, parce que nous nous retrouvions littéralement au milieu d’elles. Elles étaient impressionnantes autant par leur taille que par leur grâce et leur délicatesse.

Cela donnait aussi une dimension particulière au travail scientifique : nous étions là pour les écouter, mais nous pouvions également les observer dans leur environnement. À cette saison, elles se nourrissent, et nous avons pu observer leur technique de chasse qui consiste à faire des bulles d’air pour emprisonner le krill.

Observation des baleines lors d'une expédition au Groenland

Le moment le plus fort de l’expédition reste celui où nous avons, pour la première fois et après 10 jours d'enregistrements avec les hydrophones, entendu et enregistré enfin une vocalise de baleine à bosse. En période de chasse, elles sont silencieuses et n'émettent pas de longs chants comme en période de reproduction, dans les eaux équatoriales. Il n’était donc pas si simple de les entendre. Puis, le lendemain, nous avons enregistré d'autres vocalises, plus diversifiées. C’étaient des moments très émouvants, pour les jeunes et aussi pour nous.

D’autres instants très marquants ont été la rencontre avec les Inuits. Là où nous nous trouvions, les habitants vivaient principalement de la pêche.

L’électricité était une vraie question pendant toute la préparation de l’expédition. Nous avions plusieurs types de matériel à alimenter : les deux caméras, les enregistreurs audio, les drones, les GoPros, les téléphones, les ordinateurs, ainsi que les équipements scientifiques.

Équipement de l'expédition scientifique

Nous avons donc essayé de raisonner en termes d’autonomie et de consommation, avec des batteries et des panneaux solaires pour produire de l’énergie pendant l’expédition, d'autant plus qu'avec le jour perpétuel en cette saison au Groenland, nous avions beaucoup de lumière.

L’enjeu était aussi de ne jamais mettre en danger une journée de tournage ou de potentielles données enregistrées. Une batterie vide, ce n’est pas seulement une caméra qui s’arrête : cela peut signifier perdre une journée d’enregistrement scientifique ou des images impossibles à refaire.

Il fallait donc constamment anticiper : ce qui devait être rechargé en priorité, ce qui pouvait attendre, quelle énergie nous avions encore disponible et ce que nous allions devoir utiliser le lendemain.

Nous étions équipées de quatre batteries Nano100 et de deux panneaux solaires 100 W. La station AFERIY nous a apporté une réserve d’énergie beaucoup plus importante et surtout beaucoup plus sécurisante pour l’ensemble du matériel. Les journées où nous ne naviguions pas étaient précieuses pour recharger à tour de rôle toutes nos batteries.

Dans une expédition comme celle-ci, on n'a accès à aucune prise électrique pendant deux semaines. La station nous permettait donc de centraliser une partie de nos besoins et de recharger différents équipements. Elle s'est révélée très efficace, se rechargeant vite avec le soleil et résistant aux aléas de l'expédition, comme les jours avec beaucoup d'humidité et de pluie.

Elle nous a donné une vraie marge de sécurité, notamment pour le matériel audiovisuel et les équipements de recherche. C’était tout simplement indispensable parce que nous avions besoin d’enregistrer sur plusieurs jours et de préserver notre capacité à filmer et à enregistrer les sons jusqu’au bout de l’expédition, mais aussi de les analyser sur l'ordinateur en temps réel afin de les communiquer à des scientifiques en France.

Enregistrements analysés en temps réel

Ce que nous retenons de ce tournage et de cette expérience, c’est surtout d’avoir appris à nous adapter et à regarder.

Quand on prépare un film, on arrive avec énormément d’idées, de plans et de choses que l’on voudrait raconter. Il est indispensable de les définir en amont. Mais sur place, le territoire reprend complètement le dessus. Il faut accepter de changer ses plans, de changer l’histoire parce qu’il ne se passe pas tout à fait ce qui était prévu. Cette adaptation constante nous fait grandir et nous apprend à être des observateurs actifs des éléments qui nous entourent. Elle aide à ancrer notre film dans le réel. Afin de porter toute notre attention sur ces éléments artistiques et humains, il est fondamental d'être bien équipé et sécurisé sur l'aspect technique, comme nous l'avons été avec la station AFERIY.